guest curator

Frédéric Loury

The Print Atelier est fier de collaborer avec Frédéric Loury, un pionnier à Montréal en matière d’art photographique et grand public.

Né en France, Frédéric Loury a fait ses études à l’IDRAC Paris et a obtenu une maîtrise en Commerce et Administration. Fraîchement arrivé à Montréal, Il ouvre la galerie SAS en février 2002 avec pour mandat de souligner la diversité des Arts visuels à travers de multiples collaborations avec artistes et commissaires de renoms. Il a participé à plus d’une vingtaine de foires d’art contemporain en Amérique du Nord, en Europe et en Asie et à organiser plus de 250 expositions au Canada et à l’étranger.

En janvier 2009, il fonde l’organisme Art Souterrain qui fait la promotion et la diffusion de l’art contemporain au sein de la ville souterraine. En l’espace de moins de dix ans, le festival Art Souterrain est devenu un événement incontournable qui a attiré plus de 2 millions de visiteurs et a réuni plus de 800 projets d’artistes.

Frédéric Loury a été Vice président de l’AGAC pendant 7 ans et membre exclusif du comité des arts visuels auprès de la SODEC. Il est également impliqué au sein de l’Arsenal avec le développement de projets spéciaux et consultant et commissaire avec de nombreuses entreprises privés et culturelles montréalaises dont la Société du Quartier des Spectacles, Ubisoft, Ivanhoé Cambridge, C2-Mtl et Ville de Montréal. Il agit également en tant que conseiller en acquisition d’œuvres d’art et en gestion de patrimoine en art contemporain auprès d’entreprises et de particuliers depuis 2006.


Comment avez-vous développé ce goût pour l’art et seriez-vous capable de pointer le moment exact où vous avez décidé de diriger officiellement votre carrière vers l’univers de l’art contemporain?

A la suite de mes études en Affaires à l’IDRAC, mon parcours devait s’orienter vers le marketing mais la vie en a décidé autrement. Une expérience de quatre ans dans le Groupe Hachette – édition en a confirmé l’orientation. Je suis issu d’une famille qui a toujours eu un pied dans les arts. La musique était le cœur de l’ensemble des activités de mes grands parent et parents. Malgré mon désir d’émancipation, je n’ai pas tardé à organiser des événements artistiques et ensuite à cotoyer la communauté des arts visuels. Il m’a semblé naturel d’ouvrir une galerie et d’accompagner des artistes dont la pratique était singulière. Mon inexpérience a été un atout car il m’a permis de me distinguer du milieu de l’art contemporain. Le grand saut a eu lieu lorsque j’ai participé à ma première grande foire.

Comment avez-vous acquis votre expertise dans le domaine au fil des ans ? Comment êtes-vous devenu le fondateur d’Art Souterrain ?

Le métier de galériste m’a obligé à être boulimique de lecture, d’expositions et de rencontres d’artistes. Etant autodidacte, il me fallait acquérir autant de connaissances que possible afin de devenir un ambassadeur auprès du public, des institutions et des collectionneurs. Pendant 12 ans, j’ai organisé plus de 250 expositions, participé à une trentaine de foire d’art contemporain jusqu’au moment où mes défis m’ont amené à sortir l’art des galeries et des musées afin de créer un accès direct auprès du grand public. Un univers sans limite s’est présenté à moi lorsque j’ai compris que sans public, l’art devenait une discipline morte. C’est alors, que j’ai créé Art Souterrain en 2009. Cet organisme a pour mandat d’organiser un festival une fois par année dans le réseau souterrain de Montréal ainsi que dans une large sélection de lieux culturels. Au-delà de cet événement annuel qui attire plus de 200 000 visiteurs, nous introduisons de l’art visuel dans des lieux atypiques tel que des vitrines de magasins vacants, des rues en construction, des places publiques, des édifices désaffectés. Chaque occasion est un prétexte pour nourrir le public de nouvelles créations issues d’artistes du Canada et du monde entier.

Où dénichez-vous les artistes et Oeuvres que vous présentez avec Art Souterrain ?

Chaque année, on privilégie un thème qui sera le fil rouge du festival, mais c’est aussi le même processus pour nos expositions tout au long de l’année. J’accorde beaucoup d’importance aux enjeux de société et à nos mœurs contemporains. Cela a forte influence sur le choix des artistes. C’est un travail de fourmis ! Je me donne un à deux ans pour composer une sélection qui apporte un véritable éclairage sur le sujet choisi. Je ne travaille jamais seul car j’apprécie les échanges d’idées et les désaccords. J’invite souvent des commissaires établis mais également émergents à confronter leurs points de vus. Les artistes sont choisis à travers des recherches de mots clés sur le web mais également en fréquentant les lieux de diffusion et les grands événements internationaux. Les magazines et les blogs sont une source exemplaire pour dénicher les perles rares. Nous avons une approche d’éternel étudiant car la lecture de documents répond systématiquement à nos attentes. Chaque thème a ses sources et par conséquent le travail n’est jamais répétitif. Je suis également aidé par de jeunes historiens qui m’offrent un regard neuf sur la scène locale.

Mise à part le côté très accessible d’une exposition publique, qu’est-ce qui fait la force des projets présentés par Art Souterrain selon vous?

C’est l’accès directe au public la force de nos expositions ! Mais cela doit se faire avec une médiation adaptée. Nos outils se perfectionnent au fil des années mais cela demeure un enjeu de capturer leur attention et d’en faire des amateurs. Chaque fois que nous investissons l’espace public, nous proposons des cartels détaillés, un audioguide, des visites guidées et des ateliers de vulgarisation. Toutefois, nous ne négligeons pas les passionnés ! La complexité réside dans la façon de fidéliser les amateurs tout en initiant les néophytes.

Etes-vous en mesure de nommer une œuvre en particulier qui vous a marqué cette année?

C’est une question épineuse car je carbure aux coups de cœur ! A Montréal, je dirais l’installation de Nicolas Grenier présenté au Centre Clark, à NYC, la rétrospective de Robert Raushnerberg et à la Documenta de Kassel (Allemagne) l’œuvre de Bill Viola.

Collectionneurs, novices et expérimentés, peuvent être intéressés par des artistes émergents pour diverses raisons. Quels conseils pouvez-vous donner afin d’évaluer le travail d’un artiste émergent alors qu’on en connait peu sur son parcours?

Comme bon Capricorne, ma réponse résidera dans le temps, celle de voir l’artiste se définir au fil des années. J’ai vu tant de fois des jeunes au talent très prometteur et disparaître car le découragement les gagne. Je ne veux pas être pessimiste mais il est difficile d’évaluer un artiste en début de carrière. Afin d’avoir des repères, le choix de ses premières expositions dans des lieux de diffusion ainsi qu’une démarche personnelle qui ne répond pas aux tendances du milieu peut nous aider à les identifier.

Quel évènement artistique avez-vous hate de vivre en particulier cette année ?

Cette année, en dehors des expositions régulières, j’irai à Montréal à Momenta, Biennale de l’image à Montréal, à Mutek, à la BIAN, à la Biennale de la sculpture à trois Rivière et à l’étranger, aux rencontres de Arles et la Biennale de Berlin.

Quel est votre endroit préféré pour visiter des expositions d’art contemporain?

Quelle question difficile ! j’aime être infidèle et délaisser des lieux pendant une période afin de les retrouver lors de grands rendez-vous. Mes visites sont motivées par la nouveauté et les valeurs sûres. Je seras certainement classique en vous disant que la Biennale de Venise et la Documenta sont mes préférés. J’apprécie de circuler dans une ville et découvrir dans des espaces insolites des œuvres qui redéfinissent par leur nature le lieu d’exposition. Je suis resté un enfant qui aime les jeux de piste et les trésors cachés.

Êtes-vous collectionneur? Que recherchez-vous dans les oeuvres que vous collectionnez? Quelle œuvre d’art souhaiteriez –vous acquérir un jour?

J’achète des œuvres depuis 15 ans sur une base régulière. Elles sont à mon domicile, à celui d’amis et au bureau. Le terme collectionné ne me convient pas car il n’y a pas de logique ni d’objectif. Je n’ai aucune idée du nombre d’œuvres en ma possession et cela ne m’intéresse pas. Lorsqu’une œuvre m’obsède, mon cœur l’emporte sur la raison. Toutefois, je peux très bien acheter un artiste que j’apprécie depuis longtemps sur un coup de tête. La rationalité ne fait pas partie du processus. Je suis généralement habité par une urgence qui me soulage l’esprit. Ensuite, j’aime laisser l’œuvre emballée pendant plusieurs mois et avoir le cœur qui bat la chamade lorsque je la déballe. Mes choix sont très divers, tant dans les médiums que les sujets ou l’origine des artistes. L’alchimie de mes sens et de mon esprit doit avoir lieu. Il ne peut y avoir de déséquilibre entre l’émotion et la qualité de la recherche ou/et la démarche de l’auteur. Mes dernières acquisitions étaient Kent Monkman et Paul Litherland.

Qu’est-ce qui différencie la photographie des autres médiums artistiques pour vous ?

Je ne fais pas de distinction entre les médiums car je ne veux les rentrer dans des compartiments. Le message et les émotions sont savamment transmises si le support est bien choisi.

Qu’est-ce que vous avez découvert et apprécié le plus en parcourant le site de la galerie The Print Atelier?

La diversité des artistes, le choix des démarches et la variété des regards. On ne se limite pas, on explore et on contemple.